Muse de Meta et Dots d’OpenAI sont des agents IA personnels capables, à la demande de l’utilisateur, de rechercher des produits, de remplir des formulaires et, parfois, d’aller jusqu’à ajouter des articles au panier et à régler la commande sur le Web. Muse est proposé aux personnes de 18 ans et plus aux États-Unis et au Canada, et est gratuit pour la plupart des usages. Pour les entreprises, l’enjeu est désormais non seulement d’être visibles dans les résultats de recherche, mais aussi de disposer d’un site sur lequel les agents peuvent naviguer sans difficulté.
L’IA ne se contente plus de lire les sites : elle commence à les utiliser
Passer d’un onglet à l’autre parmi dix, comparer, réserver, commander à nouveau : des tâches jusqu’ici réalisées manuellement par les humains sont en passe d’être remplacées par une simple consigne à l’IA. Muse comme Dots sont des agents qui exécutent sur le Web les tâches qu’on leur confie. Meta a publié des détails sur leur fonctionnement, tandis qu’OpenAI a révélé peu d’informations sur Dots.
On se souvient encore de la façon dont l’arrivée des smartphones a bouleversé la donne, à une époque où les ordinateurs représentaient presque tout le trafic de navigation sur le Web. Selon les données de StatCounter, la part mondiale du trafic provenant des ordinateurs est passée de 98 % en janvier 2010 à moins de la moitié en 2026. Le même phénomène pourrait-il se produire entre les navigateurs utilisés par les humains et ceux pilotés par des agents ? C’est le point de départ de cette analyse.
Deux voies pour atteindre les entreprises
Les agents peuvent atteindre les entreprises par deux grandes voies. La première passe par des fonctionnalités de connexion, autrement dit des connecteurs. Meta indique avoir réuni des dizaines de partenaires lors du lancement de Muse et lui avoir donné accès à l’ensemble du catalogue de produits Shopify. Walmart, Best Buy, Sephora et Wayfair devraient s’y ajouter. OpenAI affirme également que son système de plug-ins permet de se connecter à plus de 4 000 applications ; les entreprises peuvent aussi créer leur propre plug-in et le soumettre à examen.
L’autre voie passe par le navigateur et mène à la grande majorité des sites qui ne disposent pas de connecteur. D’après Meta, Muse utilise un navigateur basé sur Chromium, exécuté sur un ordinateur sécurisé dédié. Dots est lui aussi censé effectuer ses tâches à l’aide de son propre ordinateur dans le cloud et de son navigateur. Autrement dit, lorsqu’un utilisateur demande à un agent « d’acheter la chemise de ce créateur », celui-ci se rend sur le site en se fondant uniquement sur ce qui y est affiché.
Pour les entreprises qui utilisent Shopify, les paramètres de la plateforme peuvent déterminer leur positionnement. Le paramètre Agentic du canal de vente est réglé par défaut sur « Laisser Shopify gérer », et Shopify indique que les informations sur les produits sont partagées par défaut avec Meta via Shopify Catalog. Les sites reposant sur une infrastructure indépendante se retrouvent du côté des navigateurs, à moins qu’ils ne créent un connecteur.
Face à un visiteur qui ne décline pas son identité, robots.txt ne sert à rien
C’est là que les méthodes traditionnelles de lutte contre les bots montrent leurs limites. robots.txt et les listes d’autorisation des robots d’indexation partent du principe que les visiteurs s’identifient. Or, ni Meta ni OpenAI n’ont publié les agents utilisateur, les en-têtes de requête ou les signatures des navigateurs de Muse et de Dots. Les listes de robots d’indexation que Meta et OpenAI publient à l’intention des exploitants de sites en comptent respectivement cinq et quatre, mais aucun n’y figure. Il n’existe tout simplement aucun nom à ajouter.
Meta explique que, lorsque Muse navigue sur le Web, son activité apparaît comme celle de l’utilisateur lui-même. Dans l’exemple de l’achat d’une chemise, le vendeur pourrait même diffuser une publicité sur Instagram à la suite de cette visite. Cela rappelle le protagoniste du film « Arrête-moi si tu peux », qui se promenait dans les aéroports vêtu d’un uniforme de pilote. Si l’uniforme semble authentique, personne ne vérifie ses qualifications de pilote. Muse est donc un visiteur qui se présente vêtu de l’uniforme de son client.
En réalité, robots.txt relève d’un accord tacite, et la norme précise elle-même qu’il ne s’agit pas d’un « moyen d’autoriser l’accès ». Le fichier robots.txt d’Amazon énumère 99 noms d’agents, mais ni Muse ni Dots n’y figurent. Amazon a bloqué Muse en septembre en s’appuyant sur ses conditions d’utilisation. Selon GeekWire, trois raisons ont été avancées : Meta n’avait pas informé Amazon que Muse accéderait à sa boutique ; l’agent ne s’identifiait pas lors de la navigation ; et il semblait obtenir et conserver les identifiants de connexion des clients.
La décision se déplace de robots.txt vers les systèmes de lutte contre les bots. Pour les pare-feu et les filtres anti-bots des plateformes, Muse ressemble à un navigateur Chromium dans le cloud. Le laisser passer comme s’il s’agissait d’un humain ou le bloquer : la configuration de quelqu’un pourrait bien trancher sans que les responsables SEO en aient connaissance. HUMAN Security affirme que son produit de détection des bots peut identifier Muse. Une piste consiste à demander aux fournisseurs de solutions anti-bots s’ils peuvent distinguer un navigateur Chromium piloté par un humain d’un agent IA.
Dots dispose d’une autre voie. La documentation d’OpenAI recommande d’essayer depuis l’ordinateur connecté de l’utilisateur si un site bloque le navigateur cloud. Dans ce cas, les clics autorisés, les envois de formulaires et les actions effectuées après connexion peuvent être considérés comme réalisés au moyen du compte de l’utilisateur lui-même.
Les agents consultent les pages à l’aide de l’arborescence d’accessibilité
Mais que voient les agents qui arrivent par le navigateur ? Selon Meta, le sous-agent de navigation de Muse consulte un instantané de l’arborescence d’accessibilité, et non le DOM brut de la page. Il ne peut pas non plus exécuter de JavaScript dans la page. Les scripts de la page s’exécutent dans le navigateur réel, mais Muse ne peut rien y ajouter de son propre chef : telle est la configuration.
L’arborescence d’accessibilité contient les informations utilisées par les lecteurs d’écran. Le navigateur la génère à partir du DOM et associe à chaque élément un type (bouton, lien, titre, etc.), un nom et un état. Le design n’y figure pas. OpenAI n’a pas précisé comment le navigateur de Dots lit les pages. Google indique que les agents de navigation peuvent s’appuyer sur des captures d’écran, la structure du DOM, l’arborescence d’accessibilité, entre autres.
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